Encore un courriel de Mr Georges Wolf:
Ma famille avait acheté cette propriété en 1933 pour se mettre à l’abri du national-socialisme. Mais les gendarmes français venaient tous les trois jours à la recherche de mon père qui se cachait le jour et parfois aussi la  nuit dans une petite grotte à flanc de vallon non loin de la ferme. J’allais souvent lui apporter ce qui lui fallait pour subsister. Ma mère m’adjurait de ne jamais le dire à quiconque. Cependant j’étais bien trop jeune pour garder un tel secret. Toute la commune savait où se trouvait mon père. Personne ne l’a jamais dénoncé, et le maire, monsieur Serre délivrait sans difficultés tous les papiers et autres certificats que lui réclamait sans cesse la kommandantur à Agen. Elle était souvent absente. A l’école, on m’appelait « le boche »,mais c’était un surnom plutôt que de la haine. C’est pourquoi je voudrais remercier et rendre hommage à toute la commune de Sainte-Colombe. Pour les gendarmes, il fallait se montrer reconnaissant en leur donnant une volaille ou autre chose en nature ou même se montre conciliant de sa personne. C’est à ce prix là que les autorités allemandes n’envoyaient pas leur police d’état ou quelques Sturmstaffel avec des chiens. Ce temps la était tout-de-même dangereux.
Vers la fin de la guerre on entendait le grondement sourd des escadrilles anglaises ou américaines qui passaient très haut dans le ciel pour bombarder les usines de munitions de Bergerac.
Les unités allemandes de la wehrmacht basées à Sainte-Livrade faisaient régulièrement des tirs d’exercice anti-aériens. Les obus déjà assez conséquents tombaient n’importe où dans les champs où les paysans étaient entrain de moissonner et parfois on en retrouvait dans les greniers des bâtiments des propriétés. Là aussi, ce n’était pas sans danger.
Puis il y avait la réquisition. Une presse à fourrage s’installait contre le mur du cimetière avec une botteleuse, non loin de l’école et chaque exploitant de la commune devrait donner une certaine quantité de foin et de paille, mais aussi de grains, de volailles et de bétail au profit de l’armée d’occupation.
De la cour de l’école, j’ai vu des colonnes allemandes, mitrailleuses lourdes, mortiers, camions pleins de soldats lourdement armés et commd’car sans doute à la poursuite d’un groupement de maquis; ils se livraient des combats sans merci. Je me souvenait alors que mon père possédait sa carte de FFI. Mais il était ingénieur de formation et plutôt intellectuel, Manier une arme était impossible pour lui.
Parfois, il arrivait qu’une 11 cv citröen avec des maquisards brandissant des mitraillettes aux fenêtres accélérateur au plancher longeait la cour pour aller chercher du pain chez le boulanger qui était, bien sûr, de mèche avec eux.
Il ne faut pas oublier les parachutages de nuit avec instructeurs et matériels. Une fois cependant un lieutenant polonais combattant dans l’armée américaine se cassa la colonne vertébrale en touchent le sol au bord du petit ruisseau près de la ferme Chevalier. Les allemands firent leur enquête et il fut finalement enterré dans le cimetière communal où on peut la voir aujourd’hui encore.
Les règlements de compte ne manquèrent pas non plus. Un jour, au fond du petit vallon au bord duquel était bâti notre ferme et au fond duquel coulait le ruisseau cher, à mon coeur, s’éleva une odeur de chair en décomposition insupportable. La police vint y faire son enquête et découvrit un corps méconnaissable. Ce fut un règlement de compte; je n’ai jamais su le fin mot de l’affaire. Un règlement, cela est sûr.
Bien à vous,
M..et Mme Georges Wolf